Le devoir de vivre en s'engageant
(Publié dans La Croix le 3 décembre 1998)
(Titre original: Le devoir de vivre)

         Nos enfants se savent un devoir de vivre. Ils aimeraient en connaître les règles.
         Eduquer c'est aider chacun à épanouir en soi, au mieux de ses capacités, son être vrai, son agir vrai et son échange vrai.
         On s'aperçoit vite que les trois sont liés et l'on découvre un premier cycle d'enrichissement personnel: l'échange apporte la connaissance à l'être. L'être va décider l'action. L'action apportera la tolérance à l'échange. L'échange augmentera encore la connaissance qui enrichira davantage l'être qui deviendra plus apte à prendre les décisions d'actions qui le confronteront encore plus au nécessaire respect de l'autre, etc.... C'est le cycle de l'école qui construit en mettant l'accent sur les connaissances, la tolérance et le choix.

         Il ne faut pourtant pas oublier que ce n'est pas comme cela que nous avons appris à téter, à parler ou à marcher. C'est en nous lançant dans l'action que l'expérience a nourri notre être qui a exprimé à notre entourage nos joies et nos peines. Cet échange vrai avec notre environnement nous a appris a être efficace. Cet autre cycle d'enrichissement personnel, apparemment inverse, nous permet aussi un épanouissement de notre être, de nos actions et de nos échanges, mais par l'expérience, l'expression et l'efficacité. C'est le cycle du lieu de vie.
         Pourquoi devrait on, dès la première rentrée scolaire où l'on découvre pour mieux grandir, la dynamique de l'école (connaissance décision tolérance), s'amputer de la première dynamique (expérience expression efficacité) parce que l'école la répute accessoire?
         Le professeur ne remplace pas l'entraîneur, il le complète. La société a trop attendu des professeurs et s'est dans le même temps, laissée séduire sans esprit critique par les rares entraîneurs médiatisés, Jacquet ou Tapie. Les banlieues manquent d'entraîneurs, on leur propose des professeurs ou des policiers.
         Pendant plus d'un siècle l'Education Nationale a admirablement rempli en tant qu'Instruction Publique, son rôle complémentaire des lieux de vie qu'étaient les familles et les villages. Mais elle a mal négocié le virage de l'affadissement de ces structures en ce qui concerne les enfants et les adolescents.
L'apprentissage, les écoles alternatives, le scoutisme occupent de moins en moins le terrain laissé vacant par les familles en repli. Quant à l'Education Nationale, son personnel crie haut et fort que son rôle se limite au transfert de la connaissance. Et bien sûr, comme devant toute vraie difficulté, on accuse le manque de moyens.
         Ne pourrions-nous pas offrir deux lieux éducatifs distincts dont la seule constante serait le nécessaire effort sur soi décidé par soi et générateur de fierté de soi si l'on gagne: on glanerait des connaissances dans l'un et de l'expérience dans l'autre, de la tolérance dans l'un et de l'efficacité dans l'autre. On passerait à son choix et à son rythme de l'un à l'autre, et de l'autre à l'un. A partir de l'école je voudrais appliquer ce que j'ai appris et en vivant je réaliserais toutes les lacunes qui me pousseraient à dé