L'inflation galopante n'est plus le remède à la hausse des prix!

         Rarement dans l'histoire de l'humanité l'inflation n'a été aussi forte. L'augmentation de la masse monétaire est aujourd'hui sans limite. Certes ce n'est pas la quantité de monnaie fiduciaire (pièces et billets) qui s'envole. La monnaie scripturale (les chèques et les effets) elle non plus n'enfle pas à outrance, mais la monnaie magnétique (les cartes de crédit) et surtout la monnaie virtuelle prennent des chemins vertigineux.
         Les chèques permettaient déjà à tout un chacun de créer de la monnaie mais la nécessité de la provision préalable a toujours empêché le chèque d'être un facteur d'inflation car on éliminait très vite ceux qui créaient par leurs chèques de la monnaie inexistante. Tout autre est la carte de crédit qui elle ne nécessite aucune provision préalable et reporte à la fin du mois la réponse à la question du financement de la dépense.

         Mais cette monnaie magnétique n'est rien par rapport à la monnaie virtuelle créée par les financiers et trésoriers de tous poils.
         Cette monnaie virtuelle se trouve dans l'augmentation incessante, en dépit de certaines affirmations, des postes clients et fournisseurs des entreprises mais surtout dans la confiance qu'ont les initiés entre eux et qui leur permet d'acheter à partir d'une banque des actions ou des marchandises spéculatives avec des sommes d'argent qu'ils ne possèdent pas, puis de les revendre en encaissant un bénéfice sur des jeux d'écriture magnétique. Toutes les banques ont depuis 20 ans des jeunes spécialistes de ces transactions virtuelles, souvent payés très au delà de 150.000 francs par mois, qui activent ce système virtuel.
         L'exemple de M. Leeson à Singapour est intéressant car ce garçon unanimement reconnu comme brillant, n'a chuté que parce qu'il est allé trop loin et trop vite. Le système qu'il utilisait n'a évidemment pas été mis en cause car il continue à être utilisé partout. Ce n'est que l'ampleur de la somme virtuelle créée qui a poussé les cadres dirigeants de sa banque à lui faire porter personnellement le chapeau d'un système qui doit rester discret pour fonctionner. A lui la honte et la prison singapourienne, aux actionnaires la perte de leur capital, et tout peut continuer ou recommencer tranquillement.
         Cette inflation folle devrait selon les bons critères économiques générer une hausse des prix qui détruit aussi sûrement l'argent que l'inflation le crée. Or ce n'est pas le cas. Les raisons en sont multiples et toutes intéressantes.
         Tout d'abord il y a des lieux à très forte hausse des prix dont on n'aime pas trop parler. Par exemple la Yougoslavie en décembre 1993 avec ces 100% d'inflation par heure, rappelant la république de Weimar et ses brouettes d'argent pour acheter du pain. Qui s'y est intéressé? Qui même en a gardé conscience?
         Ensuite il y a le jeu des mots. Nous avons vu dans une lettre précédente comment Napoléon, pour casser la Vendée militaire, a eu l'idée de génie de la déplacer. Nous recommençons avec l'inflation. Faisons croire que l'inflation c'est la hausse des prix et comme on constate qu'il n'y a pas de hausse des prix nous pourrons faire claironner que l'inflation est matée, morte, terminée. Il n'y a pas d'inflation puisqu'il n'y a pas de hausse des prix.
         Mais l'inflation est bien là et l'argent crée doit bien être détruit d'une manière ou d'une autre car reste, incontournable, le "rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme".
         Deux actions de grandes envergures se sont naturellement mises en place pour détruire l'argent.
         La première est la paupérisation des entreprises, la seconde, apparemment contradictoire avec la première, est la montée de la Bourse.
         Les entreprises vivent la montée de leurs charges et la baisse du prix de vente unitaire de leurs produits, dû à la concurrence effrénée. Elles réagissent en étranglant si possible leurs fournisseurs en amont comme le fait si bien la grande distribution, ou en limitant au maximum leurs frais de fonctionnement (les fameux gains de productivité) ce qui entraîne inéluctablement à la fois une diminution des effectifs et des concentrations perpétuelles qui vont à l'encontre de la sacro-sainte croissance. Tout est fondé sur l'espace contradictoire entre le dogme comptable de la pérennité de l'entreprise et le dogme politique du libéralisme. Le libéralisme nous apprend que toute entreprise doit savoir mourir et que la nature élimine les faibles. Le dogme comptable nous explique que toute entreprise établit ses comptes dans la certitude de sa pérennité et que prévoir sa mort est interdit ou plus exactement n'est pas reconnu fiscalement. Cela permet de respecter la loi et une comptabilité juste en jouant plus ou moins consciemment avec la vérité grâce au passif hors bilan (leasing, CDD, avantages sociaux) et à des sous valorisations d'actifs.
         Cette vérité désagréable qui n'apparaît en pleine lumière qu'au moment d'une liquidation judiciaire, est bien ressentie par les chefs d'entreprise qui ont besoin d'être dopés par l'œil externe objectif que semble être la Bourse. Si la Bourse monte c'est que ça marche bien.
         Personne ne semble passionné par les déclarations syndicales fort juste rappelant que si les affaires sont si bonnes les salariés devraient aussi en profiter plutôt que d'être licenciés.
         En fait la Bourse est une autre façon de détruire l'argent. Simplifions le circuit global. Les entreprises perdent de l'argent mais possèdent des actions sur d'autre sociétés qui perdent aussi de l'argent.
         De l'argent inflationniste est créé et il faut le détruire. Cet argent trop abondant crée une situation de demande supérieure à l'offre et fait monter la Bourse au grand plaisir des entreprises qui possèdent des actions et peuvent ainsi financer leurs pertes (voir à ce sujet combien les plus grands groupes européens ne gagnent de l'argent même avec l'aide du dogme comptable que grâce à leur trésorier et non par leur activité). Quand les Bourses ont bien monté et que l'on a bien piégé le petit épargnant ou les fonds institutionnels, alors le krach peut arriver et leur faire perdre leur argent.