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         Il est de bon ton de s'offusquer devant les phénomènes sectaires, devant les gourous qui les accompagnent, en jurant nos grands dieux que jamais nous ne nous laisserons embrigadés dans ce genre de phénomène particulièrement malsain. Dont acte!
         Encore faut-il se souvenir qu'une secte est un amalgame apparemment cohérent entre l'illimité et la société, vantant l'égalité et la fraternité, valorisant la loi du groupe et l'interdit transmis par le gourou et passionné par les énergies supérieures et par l'argent. La secte sera en revanche nettement moins intéressée par la liberté de ses membres, par l'homme pris en tant qu'individu et par la limite personnelle que l'on appelle le choix.
         Si l'on regarde bien autour de soi, on s'aperçoit que depuis quelques années, le dieu informatique, innommable et innomé, génère avec les sociétés commerciales importantes, dites "grands comptes", un sectarisme d'une éclatante pureté.
         Les exemples fourmillent et le lecteur en connaît forcément de nombreux. Prenons en simplement deux dans la journée du rédacteur:
         Au restaurant, la carte de crédit est affichée comme invalide. Bien sûr, dans le papier officialisant ce refus, il n'est pas marqué que la carte est invalide, sans doute par peur des traces, et il est simplement marqué "abandon" ce qui ne correspond en rien à la réalité puisqu'un deuxième passage avec la même carte et la même machine enregistre un paiement normal sans que personne bien sûr ne voie la moindre différence entre les deux passages. Devant l'agacement du client qui apprécie peu que l'on dise publiquement, et faussement, que sa carte n'est pas valable, le restaurateur surenchérit en expliquant que, profitant du passage à l'euro, on a changé ses machines et que dorénavant il ne peut plus, comme il le faisait toujours, forcer l'autorisation pour ses clients connus et qu'une autorisation bancaire est désormais obligatoire pour toutes les additions supérieures à 200 francs. Sans l'autorisation de la banque le paiement ne peut plus être pris en compte. En un mois, par ces vérifications inutiles pour lui, sa facture de téléphone, a bondi de 1000 francs. Mais comme il le dit "On n'a pas le choix".
         De retour au bureau notre rédacteur remarque que son portable affiche en permanence et en catastrophe "erreur carte" sans rien enregistrer. Il appelle cette nouvelle compagnie Orange sur les anciens numéros d'Itinéris ou autre Olla et là, commence un marathon très intéressant. D'abord la musique sirupeuse et lancinante, puis un "Bienvenue chez Orange" très accueillant et une première demande d'étalage du problème ce qui est fait tranquillement. On demande le numéro d'appel, voilà!, votre numéro client, désolé! je ne le connais pas!, ça ne change visiblement rien, "Je vous passe votre conseiller client". On se sent conseillé. Re-musique sirupeuse et lancinante, la même, et au bout de 10 minutes... "Tous nos conseillers étant actuellement en communication, nous vous prions de rappeler ultérieurement. Orange vous remercie pour votre compréhension..". Et hop! coupé. Revenu de la surprise, on recommence tout! "Bienvenue chez Orange", la musique, une nouvelle voix qui ne sait évidemment rien de ce qui vient de se passer, qui entame le couplet "Mais je n'y suis pour rien" à toute explication de l'humeur qui envahit petit à petit notre rédacteur. On repart vers ce conseiller client qui est le sien et qui va tout comprendre après que pour la cinquième fois une voix chaque fois différente ait demandé le numéro d'appel, le nom de l'interlocuteur et son compte client qu'il ne connaît toujours pas. Que doit-il faire? Faut-il changer la carte? Toute une série d'interlocuteurs et cutrices commençant systématiquement par "Bienvenue chez Orange", continuant par quel est votre numéro de téléphone?, votre numéro client que l'on a toujours pas et terminant toujours par "Ne quittez pas" avec la sempiternelle musique, la même, de plus en plus sirupeuse et de plus en plus lancinante. Notre rédacteur, de guerre lasse a pris sa voiture sans lâcher son portable et arrive à Issy les Moulineaux chez Orange avant d'avoir eu le moindre interlocuteur capable de lui répondre en une heure 30 de communication. A l'accueil on lui fait comprendre que son énervement est parfaitement déplacé, " Est ce que je m'énerve moi ? " et l'hôtesse, se transformant en technicienne lui explique que la carte est parfaite mais que c'est son portable qui est trop vieux. Un autre client présent dit gentiment qu'il a eu le même problème et que tout s'est résolu en changeant la carte. Et là! O miracle en moins de 5 minutes une nouvelle carte est fabriquée par l'hôtesse qui la met dans le portable et qui la rend avec l'ancienne carte en disant: "Surtout ne perdez pas l'ancienne carte, tous vos numéros enregistrés s'y trouvent". De retour au bureau notre rédacteur remet l'ancienne carte dans le portable pour récupérer les anciens numéros et les recopier sur la nouvelle carte. Aie! "carte déconnectée" dit le bout de carbone et donc appel à Orange. Il est 18h01 et on est basculé sur un nouveau système. "Bienvenue chez Orange" mais on vous prie de taper votre numéro sur votre clavier. Mais au bureau avec les Telic fabriqués par Alcatel un petit point vient se nicher quelques secondes après que l'on ait terminé le numéro, rendant impossible toute frappe d'un seul nouveau chiffre. On coupe, on reprend en tapant le numéro avant que Telic ne l'interdise mais avant qu'Orange ne le demande. Aie "Nous n'avons pas enregistré votre numéro". On recommence en visant juste, ni trop rapide pour Orange, ni trop lent pour Telic. Ouf! A la quatrième tentative ça sonne et enfin un "Bienvenue chez Orange" à qui j'explique mon cas. C'est tout juste si ma bêtise ne le fait pas éclater de rire. Il fallait prendre les numéros avant d'initialiser la nouvelle carte bien sûr, tout le monde sait ça! Mais votre hôtesse, elle, qui a initialisé la nouvelle carte, ne semblait pas le savoir! Et c'est elle qui m'a dit de conserver précieusement l'ancienne! Ca n'intéressait visiblement pas mon interlocuteur qui devait être en heures supplémentaires de nuit à 18h15 et que je dérangeais visiblement par ma rare ignorance. Orange n'est tout de même pas là pour soigner la débilité humaine.
         S'il vous plaît, Messieurs les moralistes, ne nous ennuyez plus avec les témoins de Jéhovah, les moonistes et autres scientologues. Eux au moins s'avancent à visage presque découvert. Les gourous sont moins dangereux lorsqu'ils se présentent en djellaba ou avec la bible traduction maison à la main. Les gourous vraiment dangereux sont ceux qui, bardés des certitudes qu'on leur a embecquées dans une école nationale d'administration quelconque, oublient complètement l'individu dans leur organisation sociale et leur dieux du moment. Le choix de l'individu est sans importance, son énergie personnelle c'est de la roupie de sansonnet, quant à la liberté? De quoi parlez-vous?