Stabat puer dolorosus

         Eduquer est un mot merveilleux qui mène vers demain. Mais quand on le réduit à classer les élèves sur leur capacité à répéter ce qu'on leur embecque, quand nos écoles et nos universités ne semblent plus savoir ce qu'est le discernement, je ne comprends plus rien.
         La responsabilité est un mot fort, fondé sur un trépied solide de compétence, d'engagement et de doute. Mais quand je regarde nos hommes politiques, je ne comprends plus rien.
         La croissance enrichit, paraît-il, et nous l'attendons comme la manne. Mais quand je vois que la criminalité fait de la croissance comme les tempêtes ou les démolitions d'immeubles, que les accidentés de la route font de la croissance comme les embouteillages, quand je réalise que la croissance n'est que la dépense, utile ou stupide, je ne comprends plus rien.
         Nous avons tous un besoin d'appartenance et nous cherchons dans quelles limites épanouir nos énergies. Cette recherche désordonnée nous conduit au régionalisme et au mondialisme, à l'associatif et au religieux, au familial et au politique. Mais quand je cherche ce qui nous réunit, je ne comprends plus rien.
         A force de ne plus rien comprendre je tourne en rond dans la soumission, la révolte ou la fuite. A force de me sentir seul, je me fonds dans la foule. A force de me paralyser, je fais comme tout le monde. A force d'être désespéré je m'approprie le Tout Puissant que je nomme à ma guise. A force de ne pas m'estimer, je hais et je méprise. Tout est prêt pour que j'accueille la violence en libératrice.