L'éducation

         Le but de l'éducation est l'harmonieux mélange de l'esprit de décision, de la capacité d'expression, de l'efficacité de ce qu'ils entreprendront, de la tolérance vis à vis des tiers, des connaissances nécessaires et des expériences bien ingérées. Nous reparlerons dans une prochaine Lettre de l'Ecosophie des liens entre ces six qualités. Que chacun arrive à développer à son maximum individuel, cet équilibre, en utilisant et en travaillant la perception, le discernement et la volonté dont il a été doté. La République nous a appris que tout enfant a droit à ce parcours d'effort, fondé sur le désir de grandir, quelle que soit sa naissance. Aider un enfant ou un adolescent à définir lui-même son parcours d'effort est un vrai devoir. Ne pas l'en croire capable est une sottise. Confondre sa révolte ou sa soumission, qui sont deux signaux d'alarme, avec un échec ou un succès, c'est ne pas comprendre que dans les deux cas, et surtout s'il jure le contraire, il vit la douleur d'être perdu.
         Nous n'avons plus de modèle de société à proposer à nos enfants, nous ne pouvons donc plus les y emmener. L'éducation consiste donc aujourd'hui à faire en sorte qu'ils aient en eux les repères et les forces nécessaires et équilibrées qui leur permettront, avec nous, de construire demain avec responsabilité, c'est-à-dire avec leur fougue, leurs compétences et leurs doutes.
         Pour les aider, nous devons respecter, désirer, cultiver cette soif de grandir, de nous imiter puis d'exister par eux-mêmes, qui est le moteur toujours en action de leur développement. Ne confondons pas l’efficacité
         par moment douteuse de ce moteur avec sa puissance toujours énorme. Ce sont les mécaniciens qui manquent. Un moteur qui tourne bien donne une joie de vivre communicative. Un moteur qui a des ratés l'exprime par la révolte ou la soumission, ou plus souvent par la superposition des deux.
         Le désir d'apprendre, le désir d'être, le désir de faire sont les moteurs essentiels, heureusement naturels, de l'éducation.
         Aider un être à se forger, ce n'est pas simplement respecter et encourager un moteur naturel. C'est aussi mettre à sa disposition, d'une part des lieux, des structures et des outils, adaptés à ses besoins, d'autre part un ou des accompagnements l'aidant à se clarifier et à se construire sur ses contradictions.