La violence

         La violence est à l'école, dans le métro, dans les stades et les banlieues. Nous la sentons monter inéluctablement. Est-elle l'oeuvre de "sauvageons" qu'il va falloir apprivoiser, tenir ou mater, selon les sensibilités politiques? Ou bien y a-t-il un vrai risque que cela soit beaucoup plus préoccupant?
         La violence n'est pas en soi un mal. Certains affirment même que la racine "vir" de vertu et la racine "vis" de violence sont apparentées. Quand la Résistance était violente, quand une victime brutalise son agresseur, quand un foetus fait violence à sa mère pour devenir bébé, lorsque Jésus chassait les marchands du Temple, ces violences sont réputées positives.

         La force incontrôlée n'entraîne pas forcément la violence. Une éruption solaire n'est pas vécue comme violente mais comme belle. Pour que nous la ressentions comme violente il faut que quelque chose qui nous touche soit dérangé. Si ce côté rangé est insupportable, alors la violence sera réputée bonne. Si au contraire ce même côté rangé est ressenti comme harmonieux ou reposant, la violence qui le dérangera sera inadmissible. C'est le regard porté sur le rangement bousculé qui donnera la qualité de la violence induite. La difficulté de l'accouchement génère une violence naturelle. La libération de la France donnait un sens très positif à la violence des résistants. A l'inverse la violence du casseur est très mal ressentie par les tenants de l'ordre.
         La violence, quelqu'en soit la forme, est le symptôme d'un mouvement qui est à la fois désiré et empêché, voulu et rejeté, à l'intérieur d'une même tête ou dans plusieurs qui s'affrontent. Chaque violence doit être analysée par le mouvement qui la sous-tend, sa force et son frein. Sans cette approche, on ne parle que de soi.
         La violence croissante actuelle ne serait-elle pas fondée sur une volonté profonde de vivre, contrecarrée par les trois dogmes cités dans l'éditorial, que nous pressentirions faux sans que personne ne réussisse à les remettre publiquement en cause? Si c'était le cas, la violence n'en serait qu'à ses débuts.