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J'ai
fait un rêve
J'ai
fait un rêve où la classe politique nous expliquait que la
liberté n'était pas de faire ce que nous voulons, où
nous le voulons, quand nous le voulons, mais d'être esclave de nos
propres choix, que chaque être peut décider lui-même
des efforts à faire mais qu'il est tenu par ses propres décisions.
J'ai fait un rêve
où la classe politique nous expliquait que l'égalité
n'était pas l'identité ou le nivellement des êtres
mais le fait que chacun est à la fois supérieur et inférieur
à tout autre homme, que nous sommes tous différents et tous
respectables.
J'ai fait un rêve
où la classe politique nous expliquait que la fraternité
était un mot complexe qui véhiculait à la fois les
notions de verticalité, d'horizontalité et de limites; verticalité
de l'acceptation de notre raison d'être ensemble, de notre loi cohésive;
horizontalité de nos différences, de nos complémentarités,
de nossingularités; limites car nous avons besoin d'être
protégés pour nous exprimer, et nous ne savons pas vivre
concrètement dans l'illimité et l'universel.
J'ai fait un rêve
où la classe politique nous expliquait que la vie est choix et
que son rôle n'était pas d'apporter des solutions à
nos problèmes mais de nous détailler les choix qui étaient
devant nous. J'entendais qu'il me fallait choisir entre payer des lits
d'hôpitaux vides ou accepter que mes proches soient rejetés
le moment venu par manque de place, qu'il fallait choisir entre la remontée
des frontières et la suppression du SMIC, qu'il fallait choisir
entre l'Etat providence et la baisse des impôts, que nous devions
renoncer à vouloir à la fois le beurre et l'argent du beurre
et que chaque fois les équilibres à trouver étaient
double renoncement.
J'ai fait un rêve
où la classe politique nous expliquait qu'à force de vouloir
consommernotre vie en exigeant toujours des prix plus bas, nous décidions
sans l'avoir vraiment voulu que nos entreprises iraient acheter là
où les salaires sont moindres et que le chômage monterait
chez nous tant que nous chercherions à la fois à être
payé cher et à payer peu cher, en imaginant que la croissance
allait résoudre l'impossible.
J'ai fait un rêve
où la classe politique nous expliquait que le bonheur ne vient
que de l'effort sur soi, que l'avoir ne remplace jamais l'être,
que la croissance nous appauvrit.
J'ai fait un rêve
où la classe politique nous expliquait que l'éducation était
le résultat de l'harmonieux mélange des parents, des entraîneurs
et des professeurs.
Mais je me suis
réveillé en sursaut et en sueur lorsque j'ai réalisé
que cette classe politique là avait si peu d'électeurs.
 
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