Le travail

         Le travail nous range et nous dérange. D'un côté le supplice du triple pal, le tripallium, a donné son nom à ces pinces abominables, les travailles, qui au moyen âge "travaillaient" les suppliciés. Le travail est au fond de nous-mêmes, tapi dans notre inconscient, le mal nécessaire. "Tu enfanteras dans la douleur" et "tu gagneras ton pain à la sueur de ton front" sont les deux symboles du paradis perdu. L'accouchement en salle de travail comme la dureté du travail professionnel dans le métier ont été les symboles de la douleur et de la pénibilité, voire de la punition. De l'autre côté la rémunération du travail en argent nous fait ressentir, même si nous avons perdu les raisonnements(cf. lettre n°1), que le travail permet la réalisation de soi (argent substitut de l'homme) et l'intégration sociale (argent symbole de la loi cohésive), voies essentielles vers le bonheur.
         Ces notions apparemment contradictoires expliquent que nous fêtions le travail le 1er mai en l'excluant. Fêter le travail c'est avant tout ne pas travailler et nous sentons dans cette simple formulation l'ambiguïté de ce terme qui nous bringuebale entre supplice et bonheur.
        Aujourd'hui la notion de travail véhicule les idées parallèles du "devoir de travailler" et du "droit au travail".
         D'un côté le devoir de travailler fait découvrir le travail comme l'effort sur soi qui rend l'action utile et donc rémunérée. De l'autre on présente le travail comme le droit à un employeur, à une feuille de paie financée par la croissance, et censée apporter épanouissement et reconnaissance. Quelle est la part de la responsabilité individuelle à démontrer son utilité pour le groupe? Et quelle est celle de la responsabilité collective à trouver une utilité à chacun. L'équilibre n'est pas facile à trouver mais il ne peut se fonder que sur une éducation vraie et sur une définition reconnue de ce qu'est le groupe. L'éducation actuelle chancelante et l'absence de loi cohésive claire de notre société rendent extrêmement difficile une vraie réflexion sur cet équilibre. Nous allons une fois de plus faire pour le mieux chaque jour qui passe. Est-ce suffisant?