Egalité fondamentale des hommes et des femmes

          La complémentarité – qui est l’essence même de l’amour, de la vie, de la croissance, mais qui nécessite de nous appuyer les uns sur la solidité des autres et réciproquement, sans pour autant ignorer nos faiblesses à tous – laisse de plus en plus la place à la recherche de l’identité, mot terriblement ambigu qui véhicule à la fois la recherche de soi-même et le refus d’être différent des autres. Il n’est pas neutre que la phrase " je cherche mon identité " puisse s’entendre simultanément comme la question " qui suis-je ? " et comme la réponse " identique aux autres ". Cette difficulté à assumer vraiment nos différences, c’est-à-dire nos dépendances acceptées, nous fait glisser insidieusement de la complémentarité vers l’indépendance, cette solitude justifiée. Nous savons cette indépendance mythique mais nous la cherchons à tous les âges de notre vie où nous ne nous aimons pas. Elle nous pousse à observer notre environnement avec envie et à tout comparer. La comparaison, qui au départ est une découverte saine, nécessaire et pleine de vie, se fige vite, si l’on n’y prend garde, par le biais de la peur, dans le regard de travers et le refus de l’autre.
          La peur de ne pas réussir sa vie, la peur de ne pas être accepté, la peur d’être seul avec soi-même nous pousse à moins nous préoccuper de nos références internes et à nous situer par rapport à des références externes. La peur nous pousse à comparer. Marie qui se comparait à Marthe, Caïn qui jalousait Abel, ne criaient-ils pas leur peur de ne pas être aimés et leur non-amour d’eux-mêmes ?
          Mais en oubliant la sagesse populaire et le proverbial " comparaison n’est pas raison ", comparer devient le socle durci de note vie.
          Et pourtant ! Compare-t-on la terre, l’eau et la lumière qui produisent ensemble les plantes ? Compare-t-on l’homme et la femme qui s’unissent ? La terre a-t-elle peur de manquer d’eau ou de lumière ? Et cette lumière a-t-elle peur d’éclairer le vide ? Elles se donnent et elles accueillent.
          Nous avançons tous dans trois axes, l’axe affectif, l’axe professionnel et l’axe social.
          L’axe affectif n’est pas d’évidence différent chez la femme et chez l’homme. Cet épanouissement intime est une recherche commune même si son chemin peut varier. En revanche, les axes professionnels et sociaux recouvrent des notions différentes. Il y a un demi-siècle, on appelait l’axe professionnel le "devoir d’état". C’était pour l’homme, aller chasser le bison, chercher l’argent du ménage et pour la femme le faire cuire, utiliser l’argent et éduquer les enfants. C’est l’axe de survie, l’axe premier. Il ne faut pas le confondre avec l’axe social qui est la nécessité que nous avons tous à ne pas être replié sur nous-mêmes et à nous ouvrir sur l’extérieur. Cet axe-là, pour être essentiel à notre équilibre, n’en est pas moins second, et inconsciemment chez chacun d’entre nous, il passe après l’axe professionnel quand malheureusement il faut provisoirement choisir.
          Il est frappant de voir que dans les entreprises la vraie différence entre les hommes et les femmes, vient du fait que les hommes y remplissent généralement leur axe professionnel, et les femmes leur axe social. Pour les unes, c’était une façon de sortir de chez elles, de s’ouvrir au monde, de se sentir utiles, d’être utiles, et pour les autres, c’était une nécessité première, leur rôle premier. C’est ce qui explique les absences féminines lorsqu’un enfant tombe malade. Le mari, lui, ne rentre pas.