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Jalons sur le chemin Tout est temps, espace et énergie. Rien n’est extérieur à ces trois notions, à ces trois principes que les Grecs appelaient Chronos, Chaos et Eros et desquels naquirent les dieux. Le temps, l’espace et l’énergie préexistent tous les trois aux dieux et dépassent évidemment nos limites. L’acceptation de nos limites est d’ailleurs en elle-même, reconnaissance de ce qui est au delà, c’est-à-dire l’illimité.
Une
vie accomplie est une harmonie entre le temps, l’espace et l’énergie,
un mouvement avec un vrai sens et à un rythme adéquat.
Par
ailleurs, nous ne pouvons aborder les questions que le temps, l’espace
et l’énergie nous posent, sans ajouter à notre approche
personnelle, les approches sociales et divines. Nous ne pouvons répondre
à la question : " Quelles limites donner aux énergies
qui nous habitent ? " qu’en superposant les trois niveaux
qui sont en permanence en nous : notre niveau personnel, celui de
la société dans laquelle nous vivons et celui de l’illimité,
qu’on appelle Dieu, Nature ou Etre suprême, en tout cas omniprésent,
éternel et tout puissant.
L’énergie de la société est l’argent qui est, on l’a trop oublié, le substitut de l’homme. Cette énergie civique, citoyenne ou sociale, nous pousse à avoir, à posséder, à la compétition, au dépassement de l’autre. Elle nous donne aussi la reconnaissance sociale. La limite posée par la société à l’homme est la loi. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen, votée le 26 août 1789 par l’Assemblée nationale " en présence et sous les auspices de l’Etre suprême ", avant d’être approuvée par le roi, précise : " L’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance des même droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi ". Les représentants du peuple avaient parfaitement réalisé qu’ils étaient les garants de l’égalité.
L’énergie de l’illimité est aussi innomée et innommable que l’illimité lui-même. C’est le Tout Puissant. Par manque de mots, appelons cette énergie Dieu. Dieu pousse à être, à se réaliser par le dépassement de soi. La limite qu’il pose à l’homme s’appelle l’inter-dit. L’inter-dit, " dit entre les mots " (" entredire " en 1174). Il protège et dérange. Le premier inter-dit de notre civilisation est : " tu pourras manger de tout arbre du jardin, mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bonheur et du malheur " (Ge 2 , 16-17). Mais son commandement premier est : " tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu aimeras ton prochain comme toi-même ". L’inter-dit est limite posée par l’illimité mais il est transmis par des hommes et la question sans réponse est en permanence : la limite est-elle posée par l’illimité ou par son clergé ? Les églises transmettent-elles ou créent-elles les limites ? L’écologiste parle-t-il en son nom ou en celui de la nature ? Il est heureux que cette question soit sans réponse car si nous détenions la réponse, nous ne serions plus dans le domaine de l’illimité. Nous sommes dans le monde du sacré. Ce monde hors limite ne s’appréhende pas, précisément parce qu’il est hors nos limites. Il est impossible de le contenir dans le plus grand et il est pourtant totalement contenu dans le plus petit, comme le disait un jésuite hongrois du XVIIe. Il éclaire et il brûle à la fois. Il ne faut pas le souiller mais il ne faut pas non plus s’en laisser souiller, ce qui est le double sens du mot latin sacer qui a donné à la fois le sacrement et la sanction, le serment et l’exécrable, le sanctifié et le sacrifié. Le sacré réunit ceux qui partagent le même rapport à lui. Il est le père commun d’une fraternité. Que l’on parle de famille, de religion ou de compagnonnage, il n’y a pas de fraternité sans une forme de sacré, et tout sacré nous fait rentrer dans un monde de fraternité.
Une bonne construction est équilibre entre les trois niveaux que sont l’individu, la société et l’illimité, avec leurs énergies, leurs limites et leurs harmonies.
Evitons
tout déséquilibre de ces trois niveaux. En effet, si l’un
faiblit, notre Histoire nous enseigne que les soucis approchent car les
deux autres emplissent l’espace vacant. L’harmonie se désagrège,
la limite se multiplie comme pour se donner le sentiment d’exister malgré
tout, et l’énergie se disperse. SECTARISME
Quand l’illimité est rejeté, la société se veut et se croit toute puissante et l’individu, très vite, y communie. Les familles, les églises, les associations sont phagocytées et dépérissent doucement mais inéluctablement comme tout ce qui peut être un tant soit peu sacré. La fraternité vraie s’éteint au profit d’un agrégat, d’une simple juxtaposition des êtres cachée derrière des mots comme solidarité. On en arrive à oublier que l’on peut être solidaire d’un bloc de béton mais lui être fraternel. L’apparence chasse la profondeur. C’est le temps des grand-messes sportives ou militaires, de plus en plus démesurées, dans lesquelles les énergies, hommes et argent coulent à flots. Toujours baignées de jeunesse, ces manifestations sont là pour nous faire croire à un bonheur de mille ans. Le matérialisme triomphe avec son apparence de liberté et d’égalité. MATERIALISME
Quand
la société n’est plus qu’une
parodie d’elle-même,
quand elle se fait rare dans l’équilibre général,
elle entre en schizophrénie et en un double excès : FANATISME
Il
est essentiel, au sens le plus fort de ce mot, de se battre pour l’équilibre
en soi, entre l’illimité, la société et l’individu
pour nous éviter les affres du sectarisme, du matérialisme
et du fanatisme.
Nous allons découvrir la limite sereinement posée, c’est-à-dire le cumul unifié du choix individuel, de la loi collective et de l’inter-dit divin. Cette limite unanimement reconnue s’appelle le serment.
Nous allons découvrir l’harmonie, le " bon assemblage ", la loi cohésive qui nous rassemble, notre raison d’être ensemble. L’addition de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, si ces trois mots sont bien pris dans leur sens d’efforts sur soi, permettent de définir une constitution.
Et
si enfin, nous inscrivons l’harmonie, l’énergie et la limite sous
leurs formes cumulées de l’individuel, du social et du divin, nous
arrivons à la constitution, à l’honneur et au serment, sans
voir d’évidence, au premier abord, ce que recouvrent ces trois
mots.
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